Le géant Cy Twombly est mort hier à Rome, la nouvelle est tombée ce matin. Me voici le jour même – Paris XIVème – dans l’atelier paisible et clair où Laurence Garnesson crée. Elle est là, bien vivante comme l’abstraction qu’elle réinvente et qui saute aux yeux dès que la porte s’ouvre. Ces immenses dessins à la pierre noire claquent comme des emblèmes « archaïques ». L’artiste aime ce mot et elle a bien raison. […] Des « noirs » d’une profondeur peu commune coexistent avec la précision de tracés ciselés. Laurence Garnesson dessine comme on sculpte directement sur la peau du papier. Elle laisse ainsi fuser la sensualité minérale de cette pierre d’alchimie. L’oeuvre frappe par son minimalisme sulfureux et sa densité émotionnelle. Le silence s’anime devant ces grands papiers burinés, frottés, griffés, caressés, aimés. Balancement des masses noires et spontanéité des lignes comme des « Crayonnés » chers à Mallarmé. D’ailleurs, on trouvera sur un coin de table, une citation du poète qui, parlant du mystère d’écrire, suggère : « Qui l’accomplit intégralement, se retranche ! ». Idem en peinture ! […] Ce retranchement, ce travail quotidien, ce re-trait, charpentent ces séries impériales toujours nommées avec vigueur (Sentinelle, Socles). [...]
Inlassablement depuis une vingtaine d’années, Laurence Garnesson avance. […]
Vivante, vibrante, vitale.
texte©Antoine Campo